Aeroplane: En fait, on lui aurait bien fait rater son set…

Aeroplane: En fait, on lui aurait bien fait rater son set…

Ce n’était pas la disco que l’on imaginait, ce n’était pas la disco lustrée des dancefloors. C’était celle de la rue, gouailleuse, rieuse, impolie, qui s’invitait dans une soirée gigantesque mais néanmoins trop petite pour elle. Ce soir là, Aeroplane nous a pris d’assaut. Nous avons suivi, ébaubis, étourdis, ivres et ravis. Au risque de lui faire rater son set.

Puck: C’est important l’hygiène de vie dans le métier que vous faites ?

Vito: Surtout dans le métier que je fais, oui.  Sinon c’est important en général.  Les deux, trois premières années d’ailleurs ça n’allait pas du tout.  On ne dormait pas, on rentrait à 9h du matin et on prenait l’avion à 11h00…

Puck: Et sinon la drogue. Dans le milieu, ça doit être facile de se laisser tenter…

Vito: Si je veux je peux avoir de la coke gratos tous les soirs.  Gratos ce n’est pas la question.  Mais en tant que DJ je suis exposé, presque tous les jours, à voir le dégât que ça fait chez les gens.   Je n’ai pas le temps de prendre de la drogue parce que je n’ai pas le temps de ne pas me réveiller le lendemain, je n’ai pas le temps d’être mal toute la journée et de ne pas pouvoir bosser.

Puck: Ça t’es déjà arrivé d’éviter des gens qui se droguent  et que tu côtoies ?

Vito: Eviter non parce qu’ils font ce qu’ils veulent, je m’en fous.  Parfois tu tombes sur des emmerdeurs, des  gros lourds.

Puck: Ça aide, pour toi, à être un bon artiste, la drogue ?

Vito: Ça peut débloquer dans certaines situations, des trucs…  Quand par exemple tu mixes un disque depuis trois jours et que tu n’arrives pas à t’en sortir, ça peut t’aider à te dire que le morceau est bon, que c’est terminé.  Je crois que les mecs qui sont allés en studio d’enregistrement, défoncés et qui, le lendemain matin ont écouté ce qu’ils avaient fait, ils n’ont pas dû être aussi contents que le jour avant.  Mais il y a des albums comme Rumours de Fleetwood Mac où ils étaient sous coke et c’est un des plus grands albums de tous les temps.  Pareil pour Sly and the Family Stone et There’s a riot going on, Sly était sous coke pendant l’enregistrement.

Puck: A l’époque c’était “normal” mais tu crois que maintenant ça pourrait continuer?

Vito: Ça continue d’influencer la musique des gens.

Puck: Aéroplane était un duo au début.  Maintenant tu es seul, tu le vis bien ? 

Vito: J’ai travaillé avec Stephen (NDL R : Stephen Fasano, The Magician) pendant dix ans.  Quand tu travailles avec quelqu’un tous les jours, que les week-ends tu pars avec lui, que vous êtes ensemble pour vivre, pour jouer,  il y a un moment où tu as besoin de faire des choses pour toi, d’être seul.  Ce que je fais marche plutôt bien et ce qu’il fait lui, également.

Puck: Quand vous avez commencé Aéroplane, vous pensiez que c’était viable en Belgique ?

Vito: Quand on a commencé Aeroplane on ne pensait rien du tout en fait.  On avait un autre projet qui s’appelait Javelot à l’époque et on a fait un track, le premier, Caramelas qui est le premier maxi qu’on a sorti, qui était beaucoup plus lent.  On a fait ce morceau là et puis un autre qu’on a appelé Aeroplane qu’on voulait sortir sous le pseudo Javelot et on s’est dit que ça n’allait pas. Stephen a dit « Ecoute prends Aeroplane ».

Puck: J’ai entendu « Pistache »…

Vito: Pistache, c’est un nom que j’avais trouvé et moi je préférais Pistache.  On avait commencé à regarder dans des bouquins, sur des pochettes, on voulait trouver un nom…   A un moment donné Stephen a dit Pistache.  (Il frappe dans ses mains) « Ça tue Pistache, c’est mortel ! ».  Moi j’adorais Javelot mais c’était trop scolaire.  Et puis j’étais plutôt fan de Pistache.  Je n’ai jamais vraiment aimé le nom Aeroplane.

Puck: Maintenant que Stephen est parti, tu n’avais pas envie de changer?

Vito: Je ne pouvais pas non plus tout recommencer à zero, c’était compliqué.  L’album sortait aussi.  Mais ici j’ai envie de faire un EP sous un autre nom qu’Aeroplane, sans pression, sans personnes qui m’emmerde.

Puck: Dans un autre style ?

Vito: Je ne sais pas, peut-être un truc plutôt house…  Un truc fun histoire de vraiment changer les idées.

Puck: Qui tu aimerais remixer ?

Vito: Personne.  Les morceaux que j’aime, j’aime qu’on n’y touche pas.  Il n’y a pas un artiste où je me dis «Tiens j’aimerais bien remixer cet artiste ».  Tous les gens dont j’aime la musique, je n’ai pas envie de la changer, il faut que ça reste comme ça.

Puck: Même des trucs plus récents ?

Vito: Ça m’est arrivé deux fois plutôt.  La première fois c’était Fleet Foxes.  On avait demandé pour remixer White Winter Hymnal.  Pendant un mois on leur avait cassé les bonbons mais ils ne voulaient rien savoir.  Il n’y avait aucun remix de Fleet Foxes, rien, zéro.  Tom Vek aussi ça m’a été refusé.  Bloc Party et MGMT aussi ça a été rejeté.

Puck: Et ton remix de Grace Jones ? 

Vito: Le remix de Grace Jones aussi a été rejeté au départ.  On était 18e sur la liste qui en comptait 30.  Deux ont été choisis.  Un fait par son producteur et un autre.  Nous ça nous ennuyait parce que le remix on l’adorait.  On l’a envoyé à un blog et le lendemain c’était l’apocalypse, le remix était partout.  Ce qui s’est passé, deux semaines après Grace était en Australie.  Elle m’a expliqué elle-même ce qui s’est passé puisque je n’y étais pas.  Un mec avait téléchargé le remix sur le blog, comme Grace Jones était là, il l’a joué et elle est allé demander à son manager ce que c’était et il lui a répondu : « C’est un des trente remixes que tu as refusé ».  Elle a dit qu’elle avait fait une erreur, elle a repris le remix et on est repassé sur le maxi.  Le remix a été classé par le NME dans les 50 meilleurs remixes de tous les temps.  Ce qui est pas mal.

Puck: Tu dis que ta musique se situe à la frontière entre le bon goût et le mauvais goût….

Vito: Tout est là !  Ma musique se situe là, à la frontière du bon goût et du mauvais goût.  C’est une toute petite limite.  Tu as les trucs pop qui marchent, les tubes radio.  C’est limite pourri mais il y a toujours le truc cool qui fait qu’au final, tout le monde adore.

Puck: Tu penches du côté commercial ?

Vito: Non.  Dans mes goûts personnels, pas du tout.

Puck: Et dans ce que tu fais ?

Vito: Maintenant quand je fais un remix et que je sais que les mecs attendent un truc plutôt dance, alors j’essaie de faire un peu plaisir et d’arriver à un bon résultat, de faire danser les gens.  Par exemple sur l’album on avait les radios en tête mais on n’a pas spécialement fait un truc commercial au sens propre.  L’album aurait peut-être été numéro un dans les années 70 mais pas maintenant.  En tout cas quand j’écoute l’album aujourd’hui, tous les morceaux me plaisent.

Puck: Pour Superstar, c’est toi qui as eu l’idée de la vidéo ?

Vito: Non.  J’ai approuvé l’idée parce que le label voulait absolument faire une vidéo pour le deuxième single et moi je voulais faire une vidéo pour We Can’t Fly.  J’avais le storyboard mais le label a préféré une vidéo pour le deuxième single plutôt que pour le premier.

Puck: La chose dont tu es le plus fier dans tout ça ?

Vito: Il y avait une critique, une petite colonne, dans un journal anglais.  Ce mec-là dans une toute petite colonne disait « Vito de Luca fait ce qu’il sait faire le mieux, ç’est-à-dire exactement ce qu’il veut et pas ce qu’on attend. »  C’est l’écrit qui m’a fait le plus plaisir parce que c’est exactement ce que j’ai fait dans le disque.  J’ai fait un disque pour moi et pas pour plaire.

// Interview par Victoria, retranscription: Vinciane Pigarella et photo: Blandine Lejeune

Aeroplane a sorti son album We Can’t Fly sur Eskimo Records

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