Un brin de tourisme en après-midi avec des camarades peu intéressés par cette journée de dimanche me fera arriver sur le site seulement pour Okkervil River, premier groupe excitant de la soirée. J’en attendais beaucoup, ils en ont donné plus. Les garçons d’Okkervil River balancent leur folk-rock conquérant devant une foule qui se prend au jeu et tape des mains dès que le chanteur, illuminé barbu, chemise de bûcheron et discours de hippie, manifestement déjà bien alcoolisé, nous crie sa joie et son bonheur d’être là , et d’assister au couché de soleil (« Regardez ce ciel c’est magnifique, vous êtes magnifiques ! »), il chante avec tout son coeur, souvent en choeur d’ailleurs avec le bassiste. Ils ont tous l’air d’une famille parfaitement en accord et dont la joie est communicative, un peu tout ce qu’Arcade Fire n’est plus, leur musique penchant quelques fois dans un style similaire, en plus fou et … humain ? Ils redonnent en tout cas le sourire à un public qui avait un peu perdu la foi après la soirée catastrophique du samedi.

J’exécute un repli stratégique vers les bars pour juger de loin Cat’s Eyes me permettra de confirmer qu’il n’y a pas de grande différence entre le live et l’album: lorsque le chanteur de The Horrors est au micro, il ennuie l’auditoire, lorsque sa femme prend le relai, elle le captive. Malheureusement, les compositions ne sont jamais véritablement prenantes, et hors d’un passage shoegaze psyché bien amené à la fin, ils n’auront pas impressionné. La journée est la plus calme musicalement du festival, et le public passe beaucoup de temps à boire pour se remotiver (assez contradictoire n’est-ce pas ?) , alors que Fleet Foxes entre sur scène et nous la joue plus pro que pro. Clairement, ils font de la très bonne folk de campagne, les tubes des deux albums passent tous comme une lettre à la poste, mais il manque cette magie qui nous fait adorer le groupe sur disque. Tout est trop propre, où le lieu ne s’y prête pas, quelque chose cloche définitivement. Leur fin de set nous ennuiera même profondément.


La soirée reprend son rythme avec Crocodiles qui jouent sûrement sur la plus grosse scène qu’on ait du leur donner dans leur courte carrière. Ceux qui les ont vu cette année vous diront sûrement qu’ils sont un des groupes de rocknroll les plus efficaces de ce début de décennie. Mais comment passer d’un public de 100 à 15000 personnes sans perdre un peu de son auditoire.. Bien sûr ça ne leur va pas, mais leur machine sonique est jouée très fort et avec une envie dont on ne se lasse pas: I Wanna Kill, Hearts of Love, Mirrors, c’est efficace, ça ne révolutionne rien mais ça vous chamboule n’importe quel fan de shoegaze ou de pop. Un de ceux là montera sur scène en fin de concert, d’abord attrapé et repoussé par les vigiles pour que Brandon, chanteur du groupe, s’interpose et demande à la sécurité d’aller sécuriser ailleurs, en embrassant le pauvre fan d’un soir sur la joue, et chantant la fin du concert avec lui. Drôle, touchant, et concluant un concert qui, sans être exceptionnel, aura rempli sa tâche vaillamment.

On court chercher un verre pour s’assommer l’esprit chez Dan Deacon qui joue sur la scène du centre du site, à terre comme prévu, en clair, il y aura 10 personnes pour le voir, le reste devra se contenter du son. Clairement le highlight de la journée, il balancera son set d’electro déjantée et poppy avec toute la maîtrise qu’on lui connait, et comme à chacune de ses apparitions, le public est en transe, l’alcool se renverse à droite à gauche, on se prend par l’épaule, on fait presque la farandole, tout le monde sourit, c’est Disneyland pour l’indie-rocker. Et lorsque le geek fan de lolcats arrête ses machines, on en redemande mais Mondkopf va commencer sur la grande scène. Mondkopf n’est lui aussi pas habitué à d’aussi grandes scènes, et se cache derrière ses projections pas vraiment plus jolies qu’un écran de veille Windows. Sa techno est assez basique, balançant difficilement vers l’IDM , jusqu’à un plantage au bout d’un quart d’heure. La page du bureau de son Mac s’affiche, il doit redémarrer le logiciel sous lequel il fait son live, bref, on assiste à un moment ridicule où la projection derrière lui (passant par son ordinateur) nous montre le gars cherchant dans ses menus … Pas du tout gloups, on ne reprendra pas son train lorsqu’il redémarrera. Un peu exténué, je partirai à la moitié du set, préférant profiter de l’ambiance de dernière soirée au camping, en évitant la foule qui sortira quand il n’y aura plus un son, ni une goutte de bière.
//par Térence Caron




