La spiritualité selon Electric Litany

La spiritualité selon Electric Litany

C’est donc sans trop savoir à quoi m’attendre que je me dirigeais vers The Islington Metal Works à Londres pour voir ce groupe en concert. Assise dans la pénombre de cette salle perdue au fond de ce cul-de-sac, c’est alors que je sentis mon esprit et mes oreilles s’affoler face à ces sons incompréhensibles qui montaient de la scène. Cinq minutes, ou dix peut-être, de résistance totale aux efforts conjugués de cette voix de velours. Un genre de panique auditive : Qu’est ce que c’est que ce son? Pourquoi font-ils ça? Qu’est ce que ça signifie? Ca ne ressemble à rien de ce que je peux identifier. Et puis, j’avais oublié ma peur et j’y étais entrée totalement, tourbillon incroyable mélangeant longues plages planantes et montées rocailleuses, cris de bêtes sauvages et mélodies apaisantes et cette rythmique, et ces sons fouillis qui prenaient la tête et le corps, m’envahissant, vrombissant comme s’ils étaient entrés en moi. Une heure d’amour pur, bouche ouverte, succombant sous le plaisir musical, celui qui fait pousser un cri de frustration quand le concert s’achève. Ecoutez leur premier album How To Be A Child & Win The War et si par mégarde vous n’entendez pas ces gouttes d’eau qui tombent sur cette tôle brûlante? Tu ne vois pas ce miroir d’eau paisible dans lequel se reflètent les nuages? Tu ne les reconnais pas cette voix qui t’emporte et ces mélodies envoûtantes qui sont la signature d’Electric Litany? Si tu n’entends pas tout ça, laisse-moi te dire que c’est que sûrement que tu ne leur portes pas encore l’amour nécessaire, un amour comme on aime éternellement ce vieil amant, en connaissant tous ses défauts, toutes ses qualités et en sachant que même si on ne lui restera pas toujours fidèle, au fond, il reste toujours l’unique.

Puck: Est-ce que vous pouvez expliquer cette citation que j’ai repris de votre biographie : « How easily people maintain childhood as they grow up and how feasible is it for a grown-up child to win the war of adults » ?

Alexandros: Cette phrase a été reprise plus ou moins du titre de notre album How To Be A Child & Win The War où la petite enfance fait grande part dans ce dernier. Celui-ci raconte l’histoire d’un enfant à notre époque et plus précisément le fait d’être direct avec les gens ou en société. Regarde un enfant s’il veut quelque chose, il va y aller directement et le prendre. Pour résumé et à tous points de vue, social, sentimental, professionnel, les gens doivent faire ce qu’il est bon qu’il fasse. Ce qu’ils ont envie réellement de faire.

Puck: Y a-t-il un rapport fondamental avec votre musique?

Alexandros: On compose notre musique de la façon dont on l’aime, dont on la veut vraiment avec toute cette vision enfantine. Une façon vraie, non calculée de notre musique puisqu’on travaille sans label et pression extérieure.

Puck: Vous avez emprunté le titre de votre album How to Be A Child & Win The War à Ian Hawgood ?

Alexandros: Cet homme est simplement fantastique. C’est un Londonien qui a vécu des années au Japon. On arrivait pas à se mettre d’accord sur le titre de l’album jusqu’au moment où on a vu ce titre et on s’est dit que ça collait parfaitement à notre musique et nos différents points de vue.

Puck: Quelle est la difficulté de faire un premier album ?

Alexandros: Juste le simple fait de se faire connaître et de ne pas savoir comment sera la critique à l’égard de celui-ci. C’est pour cela que le second peut-être totalement différent.

Puck: Peux-tu m’en dire plus sur ces litanies et ton île d’où tu proviens (Alexandros Miaris, chanteur du groupe, provient de Corfu) ?

Alexandros: J’ai composé certains morceaux avant que le groupe ne soit mis en place, il y a quatre ans de cela. Quand j’ai rencontré les gars tout s’est mis en place naturellement comme si on avait joué depuis des années ensemble.

Puck: As-tu eu dans des groupes auparavant ?

Alexandros: Oui avant d’arriver à Londres, je jouais dans un groupe mais une fois arrivé ici, je l’ai quitté.

Puck: Donc pour toi, c’était plus important de déménager à Londres pour faire vivre le groupe ?

Alexandros: Pas grand-chose ne se passe en Grèce, enfin certains projets se mettent en place mais ça reste toujours minime. Quand tu chantes en anglais en Grèce c’est comme si tu étais en Islande et tu chantais en français. Beaucoup de musiciens et de professionnels vivent à Londres, tu as beaucoup plus d’opportunités de rencontrer le monde qui t’aideront à faire évoluer ton groupe, des endroits pour jouer, des labels adéquats. Je n’ai pas dit que Londres était la meilleure place au monde mais elle est un lieu de passage nécessaire.

Puck: Qu’avez-vous trouvé de mieux ici plutôt qu’en Grèce ?

Alexandros: Par exemple au point de vue des instruments, on peut trouver tout ce qu’on veut et à des prix démocratiques, également les endroits où on a pu enregistrer l’album (églises, mairies…) et les salles de concerts.

Puck: Avez-vous beaucoup joué ces derniers temps ?

Alexandros: On a fait une mini tournée en Grèce il y a quelques mois et puis il y a peu on a supporté Interpol pour sa tournée européenne et là, on reprend quelques concerts à Londres. On a beaucoup joué au commencement mais on n’a jamais vraiment apprécié les endroits où on jouait mais depuis la sortie de l’album en Grèce et une certaine prise de confiance en soi, on aime jouer dorénavant.

Puck: Peux-tu me dire pourquoi les endroits où vous avez enregistré sont si importants ?

Alexandros: Nous avons enregistré dans différentes églises, dans un hôtel de ville aussi, dans un hôpital, dans une école, une bibliothèque. Tous ces lieux ont des ambiances bien particulières et des sons bien propres à eux. Par exemple dans la première église où nous avons enregistré, nous avons trouvé la plus magnifique acoustique j’avais entendue. Tout cela est bien différent du studio.

Puck: Peux-tu nous en dire plus sur la dernière vidéo mise en ligne A Time (Never Be Late)?

Alexandros: Ce sont les dix dernières années de ma vie résumées en une vidéo. Je travaille sur ce clip depuis près d’une année. Tous les endroits que vous pouvez voir dans la vidéo ont été pris à Corfu.

Puck: Comment pouvez-vous vous considérer comme différent ?

Alex: On s’organise des sessions où on écoute de la musique classique durant des heures et on ponctue ces sessions de poulet frit. Une merveille. On a déjà pensé à rebaptiser le groupe en Spiritual Fried Chicken…

Puck: Bientôt en Belgique?

Alex: Oui en novembre, on entamera une tournée en Hollande et on passera inévitablement par la Belgique.

//par Victoria, photo: Alex Decode

Electric Litany a sorti son album How to be A Child & Win the War sur Inner Ear Records

 

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